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Français ludique : Jeux de mots (de Raymond Devos)

Proposé par

Raymond Devos
Humoriste, acteur et auteur
(1922-2006)

Né en Belgique, élevé en France dès la petite enfance, Raymond Devos connaît l’exil en Allemagne avant de s’établir à Paris à la fin de la guerre.
Suite à la faillite de l’entreprise de son père, il est contraint de quitter l’école à 13 ans, l’adolescent souffre beaucoup de ne pas pouvoir assouvir sa soif de savoir. Il n’y renonce pas pour autant, apprenant la musique en famille et approfondissant sa maîtrise de la langue française par lui-même.

Il exerce plusieurs professions, suit des cours de théâtre et de mime avant de se lancer dans un domaine où il excelle : le spectacle humoristique. Son créneau : le comique de situation et les jeux de mots. Il se différencie par son physique un peu bourru, son embonpoint et ses pantalons à bretelles qui séduisent le public surpris par ce personnage au style singulier qui manie pourtant si bien la langue française. Sa longue carrière d’humoriste sera récompensée à maintes reprises, il sera aussi reconnu en tant qu’acteur et écrira 3 romans.

  • La langue française est subtile et Raymond Devos la maniait avec agilité. Saurez-vous comprendre les jeux de mots de l’humoriste ?

1. Quand on s’est connus, ma femme et moi, on était tellement timides tous les deux qu’on n’osait pas se regarder. Maintenant on ne peut plus se voir!

2. Un jardinier qui sabote une pelouse est un assassin en herbe

3. Une rengaine c’est un air qui commence par vous entrer par une oreille et qui finit par vous sortir par les yeux

4. Je connais un critique qui est en même temps auteur… ce qui le met en tant qu’auteur dans une situation critique

5. Il buvait toutes mes paroles et comme je parlais beaucoup, à un moment je le vis qui titubait

6. J’adore être pris en flagrant délire

7. Il m’est arrivé de prêter l’oreille à un sourd. Il n’entendait pas mieux.

8. Je suis adroit de la main gauche et je suis gauche de la main droite.

9. Si tu étais plus belle, je me serais déjà lassé. Tandis que là, je ne m’y suis pas encore habitué!

10. Se coucher tard nuit

  • Pour vous aider à comprendre :

1. Quand on s’est connus, ma femme et moi, on était tellement timides tous les deux qu’on n’osait pas se regarder. Maintenant on ne peut plus se voir!
« on ne peut plus se voir » signifie on ne se supporte plus. Raymond Devos joue avec le champ lexical de la vue pour exprimer qu’au début de leur relation, lui et sa femme se regardaient timidement mais qu’à force de se voir, ils ne se supportent plus.

2. Un jardinier qui sabote une pelouse est un assassin en herbe
« en herbe » signifie « qui débute » ou « en devenir ». En utilisant le vocabulaire du jardin/du jardinage l’humoriste veut dire qu’un jardinier qui coupe mal une pelouse commet un sacrilège.

3. Une rengaine c’est un air qui commence par vous entrer par une oreille et qui finit par vous sortir par les yeux!
Cette fois le jeu de mot est double puisque « entrer par une oreille » signifie qu’on entend la mélodie sans s’en rendre compte et qu’au final « elle nous sort par les yeux » ce qui veut dire qu’elle nous agace.

4. Je connais un critique qui est en même temps auteur… ce qui le met en tant qu’auteur dans une situation critique.
Le premier emploi de « critique » est en tant que nom : un critique est quelqu’un qui écrit des revues de spectacles, de livres, de films et qui évalue leur qualité. Le deuxième emploi est « critique » en tant qu’adverbe synonyme de difficile. En effet le critique saura-t-il s’évaluer lui-même en tant qu’auteur ?

5. Il buvait toutes mes paroles et comme je parlais beaucoup, à un moment je le vis qui titubait
« boire les parles de quelqu’un » signifie qu’on l’écoute avec grande attention. Dans ce cas Raymond Bedos accentue le fait que son interlocuteur était tellement attentif à son discours qu’il en est devenu ivre comme s’il avait trop bu.

6. J’adore être pris en flagrant délire
L’expression correcte est « être pris en flagrant délit » mais l’humoriste qui invente des histoires drôles a remplacé délit par délire.

7. Il m’est arrivé de prêter l’oreille à un sourd. Il n’entendait pas mieux.
C’est de l’humour au second degré : « prêter l’oreille » signifie écouter.

8. Je suis adroit de la main gauche et je suis gauche de la main droite.
Sans le talent de Bedos nous aurions dit : je suis agile de la main gauche et peu habile de la main droite.

9. Si tu étais plus belle, je me serais déjà lassé. Tandis que là, je ne m’y suis pas encore habitué!
Une manière détournée de dire que la personne n’est pas jolie ….

10. Se coucher tard nuit
Utilisation de « nuire » en tant que verbe qui veut dire dans ce contexte que se coucher tard n’est pas bon pour la santé mais qui s’écrit et se prononce comme « la nuit ».

  • Et à l’oral parvenez-vous à comprendre les jeux de mots du spectacle de Raymond Bedos ?

Article proposé par

Groupement professionnel des organismes d'enseignement du français langue étrangère.

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